Jacob Böhme à Solvay ! ...
L'affaire s'était ébruitée, à bas-bruit toutefois : indéniablement, la réunion de Socrate, Pythagore, Zoroastre, Bouddha, Lao Tseu, Confucius, eut lieu ici et là, à la surface de notre planète, dans un mouchoir de poche temporel ! ...
Plus proche de nous, si notre regard se porte sur Solvay, foyer d'une savante mutinerie contre le siècle qui prétendait "avoir tout compris", mais pour autant s'attarde dans nos représentations, de quoi s'agissait-il ?
De quelle réplique s'agissait-il, mutatis mutandis, dont nous n'avons pas même commencé à mesurer l'impact ?
Toujours est-il que cela s'est passé dans un confetti spatio-temporel ! ...
Vivement impressionné par le mystère de l'intrication, affranchi soudain du carcan de l'espace-temps, ma tentation fut alors d'écarter les murs, d'adjoindre au débat qui opposa Einstein à Niels Bohr, le sieur Jacob Böhme, voyageur temporel intermittent !
Que faire de l'incertitude ?
L'objet de la querelle, courtoise au demeurant, opposant Bohr à Einstein se noua autour du statut de l'objet, en général !
Question hautement philosophique qui s'invitait brutalement dans la discipline devenue reine auprès des nouveaux croyants ...
Bien que pionnier de la physique quantique, Einstein resta longtemps incrédule quant aux découvertes déconcertantes auxquelles elle donna lieu ...
Ainsi, il ne pouvait admettre que le "comportement" d'un objet, voire même son existence, dépendent de notre regard !
A l'échelle quantique certes, "la chose" est désormais établie, sachant qu'à la nôtre, il semblerait bien que cela se passe encore comme notre bon sens en décida jadis, pour une raison curieusement inexplorée par nos amis philosophes et autres anthropologues ! ...
La raison de cette distorsion n'ayant toujours pas été découverte, quoi qu'en disent certains physiciens, pressés de publier, ou bien encore lassés d'une question qui devient par trop philosophique !
Dieu ne joue pas aux dés !
Einstein a hésité toute sa vie quant à la véritable nature de celui qu'on appelle Dieu, déchiré entre celui de Spinoza, lointain, indifférent, aucunement soucieux de nos préoccupations existentielles, et celui plus "classique" qu'il revendiqua en dernier recours, confronté au défi de ce monde erratique qui jaillissait des équations ...
Comme il en est de vous, comme il en est de moi, confrontés à un problème existentiel, la tentation fut grande d'oublier les grandes théories pour se demander : "Mais que fait Dieu dans tout ça ?" ...
Qui êtes-vous pour dire à Dieu ce qu'il doit faire ?
Niels Bohr, ouvert aux conceptions qui ne résultaient pas nécessairement de notre seule intelligence, ainsi du taoisme, avait-il envisagé les limites d'Einstein, otage du conflit qui opposait le dieu de son enfance à celui de Spinoza ?
Avec cette géniale punchline, annonçait-il une nouvelle métaphysique, à tout le moins l'exclusion de notre bon sens en la "matière" ?..
Débat autour d'un pot d'étain !
Albert et Niels en étaient là de ce qui les opposait, quand survint le sieur Jacob, inquiet de se retrouver ainsi projeté parmi les réformateurs de la nouvelle église ! ...
Niels, sachant Albert fermé à ce qui pouvait contrarier ses idées, fussent-elles disruptives, prit la précaution de présenter Jacob comme celui qui "prétendit" avoir eu accès à "la chose en soi", lors d'une étrange vision déclenchée par un rayon de lumière, réfléchi sur un pot d'étain !
Invité sur le champ à s'expliquer sur cette expérience que nulle théorie n'avait prévue, que nulle science n'a jamais pu reproduire, Jacob entreprit dans un premier temps de gommer l'aspect personnel, extraordinaire, de cette séquence qualifiée de "fortuite", de la contextualiser au regard de l'évolution humaine ...
S'adressant humblement à ces deux compères ayant déjà pris la lumière, il osa mettre en avant ce qu'ils avaient de commun tous les trois :
"Comme vous, à l'époque où je fus remarqué, j'étais un pur produit de l'évolution psychique, et l'expérience qui me rendit célèbre ne se produisit qu'une seule fois, les deux autres étant assez différentes par leur contenu ... cette évolution, nous l'avons oublié, est le résultat d'une métamorphose dont seul le mythe se souvient, mais, depuis belle lurette, nous ne savons plus interroger ces souvenirs injustement méprisés ...
Cette métamorphose qui nous enfanta, vous, moi, dont le dernier témoin bâillonné est "Le rapt de Perséphone" vit l'antique clairvoyance faire peu à peu place à la raison, ce coucou psychique ! ...
Pour nos prédécesseurs, le concept de la "chose en soi" n'aurait eu aucun sens, pas plus que n'en a pour nous cet Esprit qui serait à l'oeuvre partout dans la nature ...
Pour preuve de cet état de clairvoyance, quelques sentences inexploitées, d'Héraclite tout d'abord pour qui "le chemin droit et le chemin courbe sont le même", voilà pour Albert plus particulièrement... et Plutarque : "Sous son apparente stabilité, la matière est sauvagement agitée, tout y apparaît et, dans le même temps, disparaît!"
Pas d'équations pour ces deux-là, comme pour plusieurs de leurs contemporains, pas de conceptualisation, une vision en esprit, atavique ou réactivée par l'initiation ..."
Niels, en son âme de médiateur demanda alors à Jacob : "Dis-nous ce que tu penses avoir vu, ou ce que te révéla ce pot d'Etain ?"
- "J'ai vu le commencement et la fin de toutes choses, terrestres et célestes, j'ai vu la signature de l'Esprit dans chacune d'entre elles ! ..."
- Ca c'est ton expérience, mais ensuite, il semblerait que tu aies appris beaucoup de choses. Parmi celles-ci, en existe-t-il une qui aurait pu t'éclairer sur ce transport qui ne te laissa pas indemne, sept jours durant, si je ne m'abuse ?
- Oui, j'ai découvert "après coup" que, pour qui sait les entendre, au sens premier du terme, les métaux sont la mémoire de la Terre !
- Mais à ce moment-là, tu ne le savais pas ... alors ?
- Alors, il s'agit d'une curieuse résurgence fugace et atavique dont j'ai cru bon, à mes dépens, faire profiter mon entourage immédiat ...
La suite dans les tout prochains jours !