Où comptez-vous aller une fois mort ?

Voilà une question qu’aucun sondage, aucun micro-trottoir ne songerait même à poser, tant il est patent qu’aucune réponse ne saurait être beaucoup plus explicite qu’une sidération non feinte, rapidement soulignée d’un haussement d’épaules, plus bavard qu'il n'y paraît !

A défaut d’avoir réfléchi à cette question désormais insolite, pour le moins urticante, et dans l’attente de reprendre nos esprits, on peut peut-être examiner ce que d’autres ont pensé à ce sujet, ici et là sur la planète, avant à leur tour, de passer l’arme à gauche ! …

Pour les anciens grecs, du commun des mortels il ne reste plus que quelques fumées inconsistantes et fluctuantes dans ce qu’ils appellent l’Hadès, le monde souterrain, dont nos prédicateurs zélés feront l’enfer, contre toute logique, si ce n'est celle de leur pouvoir, puisqu'aussi bien, ces ombres fugitives, dépourvues de toute conscience, n’auraient su en somme ressentir quoi que ce soit !

Fumées donc, évanescence, inconsistance, exception faite de quelques héros, pas tous, loin de là, parqués, esseulés,  sur l'île des "bienheureux", et dont la mémoire est célébrée par ceux qui s’agitent pour un temps encore à la lumière du soleil …

Seuls les actes dont les dieux les ont jugés capables sont gage de cette persistance dans la mémoire de ceux dont le seul exploit est de survivre contre vents et marées …

Seuls donc restent les actes !

Curieusement, Gautama dit le Bouddha ne dit pas autre chose, apparemment au moins !...

Car ceux-ci ne servent plus à entretenir la mémoire de tel ou tel héros qui s'en montra capable, mais restent en suspens dans la mémoire des temps, autant qu'ils sont coupables ! ... 

En l'absence de ce "moi" responsable, selon ce que l'Occident en décida tardivement, mais qui ne serait qu'une illusion, qui pourra bien s'acquitter de cette dette dans la perspective du samsâra?

Comprenne qui pourra ! …  

Le moment n'est pas venu de nous prononcer sur telle ou telle spiritualité, mais, sauf à nous "décontaminer" totalement de la manière dont nos représentations ont été "formatées" depuis plus de deux millénaires, nous sommes dans l'impossibilité de comprendre cet enseignement radical tel que transmis par le moine Nagasena, sauf à l'attribuer, fins psychologues que nous sommes devenus, à l'immersion brutale de Gautama dans une réalité dont il avait été jusque là préservé !

En effet, l'histoire, l'évolution, nos erreurs, le progrès, la contextualisation en somme, sont autant de notions totalement étrangères à la vision de Gautama, violemment exposée à la misère du monde, selon sa légende !

On pourrait rétorquer, à juste titre, que son karma ne lui a, à dessein, pas laissé le temps de s'y habituer ! ...

Pour faire vite, dans une époque qui nous condamne à cet exercice, et alors que chacun s'accorde à dire qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans ce bas-monde, nous pourrions dire que Bouddha le désigne comme seul responsable de nos malheurs, qu'il s'agit donc de le fuir, à tout le moins de n'y plus jamais revenir, quand le véritable christianisme nous met en face de notre propre responsabilité ! 

Fut-elle celle initiale, mystérieuse, indélibile, d'un ancètre trop pressé ? ...

Nos morts, eux au moins, savent se faire discrets !

Ici, la démonstration à leur égard reste sobre et se fait à date fixe !

Bien évidemment, cela ne nous dit rien de ce que chacun en pense secrètement, car l'interdit, d'une dictature l'autre, hier théologique, désormais scientifique, ne s'est jamais si bien porté !  ...

Cependant, si l'on se déplace dans le temps ou dans l'espace, ce qui revient souvent au même, il n'en est pas ainsi !

En Asie, les vivants vivent avec les morts, sans s'en cacher !

Mais, comme s'il n'y suffisait pas, une myriade d'autres esprits, positifs ou malfaisants, se signalent à la piété de ces gens qui, à notre différence, concoivent qu'exister ne nécessite pas forcément un corps ! ...

Des figures animales hantent le monde spirituel, alors que les animaux d'ici-bas ne sont pas dépourvus d'âme ...

Profusion, confusion, semblent être la règle dans ce monde suprasensible auquel nous sommes devenus insensibles !

Comment alors faire la part des choses dans ce qui nous apparaît de prime abord comme un "fouillis" inextricable ?

En Occident, en prévision de ce l'on pourrait nommer ce genre de représentations "déréglées", chacun reçut dès qu'il fut en âge de faire la part des choses, une petite fiole de détergent capable de faire place nette, et qui tient en un mot : "animisme" !

Mot semi-mystérieux, condescendant, magique : il vous suffira de le prononcer pour stopper là tout net l'embardée de votre voisin de table qui s'aventurait sans trop de précautions sur ces sables mouvants, et vous voilà soudain devenu le commandeur de ce dîner en ville qui s'annonçait sottement ennuyeux !   

Même s'il est de bon ton désormais de recueillir les récits et  les gestes de ces "êtres délicieusement exotiques", l'Occident, en réalité, ne se départit pas de sa condescendance, ne s'interrogeant jamais sur la cause de ce fléau qui lui vaut désormais mauvaise réputation, oublieux tout à la fois de son propre passé et de ce qu'il n'est lui-même qu'une parenthèse !

Pourtant, à qui oserait s'aventurer dans nos représentations telles que dominantes il y a trois mille ans, il apparaîtrait nombre de similitudes !

Un seul exemple, en un mot comme en cent, mais tellement significatif de l'évanescence de notre mémoire : "spartiate" !

Devenu adjectif, il signifie pour la plupart d'entre nous : absence de confort s'il s'agit d'un lieu, ou dureté extrème, s'il s'agit de cette éducation qui n'a plus lieu!

Quelques uns seulement se souviendront de ce nom attribué aux habitants de Sparte, et moins encore, pour ne pas dire aucun, de ce qu'il signifiait alors : "les semés".

Curieux sobriquet me direz-vous!

Est-ce parcequ'ils semaient la terreur dans les rangs adverses, hasarderont les plus créatifs ?

Le simple fait de chercher une signification en référence à ce que nous savons désormais du monde, en dit long sur cette césure plus de deux fois millénaire qui affecte notre mémoire !

Le mythe dont nous ricanons si bêtement nous "conte" l'histoire de Cadmos l'oriental, le phénicien, lancé à la recherche de sa soeur Europe enlevée par Zeus, et qui, après avoir tué le serpent de la connaissance suprasensible, le dragon, sème ses dents à l'endroit où Thèbes verra le jour, après qu'à cet endroit des hommes en armes, prêts à engager le combat, aient surgi du sol !

Ce meurtre du serpent de la connaissance est un mythe universel, il marque une étape fondamentale dans notre évolution psychique, somme toute récente à l'échelle du temps long de l'évolution. 

Accessoirement, il a fait l'objet de multiples communications sur La Porte des Lions !

Alors, que s'est-il passé ?

Les soufis perses, par la bouche de Sohrawardi, parlaient à notre endroit de "l'exil occidental" !

Il ne s'agissait pas, dans cette forme d'épitaphe pour morts-vivant, de géographie, quand bien même celle-ci y joua un rôle, mais de notre errance psychique depuis que nous nous sommes mis en congé du monde spirituel ...

Il faudrait y ajouter, ce qui semble occulté par les uns et par les autres, notre séparation radicale, après avoir tué le Père, de notre Mère, la nature !

L'exil à marche forcée !

En l'espace de trois siècles, afin de pouvoir exercer son raisonnement logique sans être parasité par un quelconque discours convenu, la philosophie a clairement séparé trois plans jusqu'alors confondus : la nature, l'Homme et les dieux !

La nature fut retirée au pouvoir des dieux, l'âme humaine affranchie du corps périssable, et les dieux débarrassés de leur humanité, ou inhumanité, ce qui revient au même ! ... 

Nos actuelles représentations sont issues, à notre insu, de cette période de décantation au cours de laquelle le ciel et la nature se sont vidés des esprits qui les animaient encore il y a peu, ne serait-ce que dans le souvenir vivace et nostalgique de ceux qui étaient devenus "pauvres en esprit" ! ... 

A ceux-là, par la bouche du Galiléen, il fut dit que cette privation du spectacle captivant de l'esprit partout en action, était en quelque sorte une épreuve nécessaire, garante de notre liberté !

C'est la première des béatitudes, ce grand moment d'anthropologie ! ...

 

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